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Face au danger des fixations…
June 27th, 2016
Face au danger des fixations…

Essayer de convaincre par la parole un.e sourd.e est perdu d'avance, d'autant plus quand la surdité fût et reste choisie.

Vivement un temps futur où se replier sur soi, tuer le dialogue, ignorer l'autre, cristalliser les incompréhensions ne seront plus perçus par l'humanité comme des solutions.

Entre pays, entre riches et pauvres, entre nationaux et immigrants, entre courants de pensée, entre voisins, entre amis, entre proches aussi… entités qui pourraient vivre en harmonie mais finissent par ne plus se supporter, à cause d'opinions trop entières, de certitudes, d'obstination, d'un refus de comprendre une autre perspective, voire à cause de défiance, de peur.

Vivement un temps où la peur d'être vulnérable, la peur de perdre ses racines, la peur de se perdre, la peur de l'inconnu, la peur de vivre ensemble autrement, ne l'emporteront plus sur la raison, sur la collaboration, sur le dialogue, sur le progrès, sur le désir de paix…

La peur est un 'signal' qui peut parfois être utile à la survie… mais son message est "fais attention", il n'est pas "ferme la porte, ferme le dialogue, ferme les yeux"! Faire attention est une forme intense d'engagement, pas de repli. La différence entre les deux approches est aussi vaste que celle entre "vie" et "survie". Si on veut 'vivre', alors il faut avoir une relation avec la peur qui, sans la nier, n'entraine pas le repli sur soi.


Un risque majeur existe quand une entité tente le dialogue pendant longtemps, espère concilier les différentes perspectives, puis finit par perdre courage face à l'obstination de l'autre. C'est la même faiblesse et la même peur de se perdre qui gagnent, le même repli, le même rejet, par dépit, par frustration: c'est alors facile d'en avoir marre d'attendre le bon vouloir de l'autre, c'est alors facile de claquer la porte, et de faire porter à jamais sur l'autre la responsabilité de l'échec… Mais persévérer en faveur du dialogue et de l'apaisement est la seule stratégie valable. Cela peut être inconfortable, douloureux même, et dialogue n'implique pas forcément accord (c'est une erreur de base que de conditioner un dialogue à l'obtention d'un accord, puisque la possibilité même d'un accord ne peut pas sérieusement être conçue avant d'entendre la perspective de l'autre!), mais laisser le repli sur soi gagner n'est pas digne de notre humanité, de notre capacité à dépasser, à transcender, à vivre au delà de simplement survivre.

Et alors même que je crois profondément à cela, aujourd'hui, je ne sais pas comment le manifester, je ne vois pas comment favoriser le dialogue. Intention louable, mais comment la réaliser? J'espère être plus créatif dans quelques heures

Attendre que les personnes qui ferment les portes réalisent par elles-mêmes l'étendue des dégâts créés par focalisation sur les différences, par aveuglement vis-à-vis de notre unité, semble une stratégie bien passive. Est-ce la seule? On ne peut pas 'forcer' l'autre à communiquer, à partager, à faire confiance, à prendre le risque de la vulnérabilité… mais on peut garder la porte ouverte, inviter encore et encore, rester disponible "au cas où", faire attention à chaque étincelle d'espoir, à chaque ouverture aussi minime soit-elle. Patiemment essuyer refus sur refus, rejet sur rejet, "tendre l'autre joue" diraient certains, est dur, très dur, mais laisser le repli sur soi gagner n'est pas digne de notre humanité.